J’ai eu l’occasion de regarder tout récemment le film « Wax in the City », documentaire de Elie Séonnet du collectif BKE (une société de production audiovisuelle française qui fonctionne sous forme associative).

Le documentaire Wax in the City est sorti en 2019 ; je le regarde donc avec un décalage de plusieurs mois, et constate que les messages restent d’actualité et rejoignent certaines de mes réflexions.

C’est donc l’occasion pour moi d’en faire une petite revue en commentant les passages qui m’ont particulièrement marquée.

Le synopsis du documentaire (tel que présenté par BKE)

L’Afrique est à la mode ! Son étendard ? Le Wax, que de plus en plus de designers africains et afropéens ont choisi d’intégrer à leurs créations.
Flora Coquerel, Miss France 2014, et franco-béninoise, nous invite à les suivre dans leur vie frénétique et mondialisée. Au-delà de la success story de ce simple tissu, devenu le symbole du métissage culturel de toute une génération , elle nous fait découvrir les enjeux actuels de l’industrie de la mode en Afrique.

Wax in the City est tourné dans plusieurs villes africaines ainsi qu’à Paris. J’ai apprécié de voir les images de Cotonou, Ouagoudougou, Abidjan, Dakar,… sans filtre avec notamment des séquences dans différents marchés. 

Je ne suis certes pas une pro de la réalisation cinématographique…mais j’ai trouvé le documentaire de très bonne qualité sur le plan visuel avec de jolis plans permettant de s’imprégner de l’atmosphère de ces villes africaines : le marché de Dantokpa à Cotonou, le quartier du Plateau à Abidjan, la plage de Dakar, le lac rose de Dakar avec un magnifique shooting,…

La place du wax dans la mode en Afrique

Venons en maintenant au contenu du documentaire Wax in the City. Il traite de la place prépondérante qu’occupe le wax dans la mode en Afrique ainsi que de l’appropriation par les nouvelles générations de ce tissu emblématique.

De jeunes créateurs de marques de prêt-à-porter prennent la parole pour expliquer leur travail avec le wax : Youssouf Fofana avec Maison Château Rouge, Maureen Ayité avec Nanawax, Shadé Affogbolo avec Nash Print.

Le documentaire met aussi en lumière la vision de designers de haute couture pour qui les textiles africains ont une place de choix dans le processus créatif : 

  • Elie Kuame (Côte d’Ivoire) exprime sa sensibilité et sa passion pour les pagnes tissés ;
  • Adama Paris (Sénégal) explique les raisons qui lui ont fait délaissé peu à peu le wax. 

C’est l’occasion pour moi de revenir sur le fameux débat de la paternité du wax et de ses implications.

Les origines non africaines du wax

On le sait tous désormais (enfin j’espère), le wax n’est pas originaire de l’Afrique.

Bien que l’Afrique subsaharienne constitue  la région du monde où ce tissu est le plus connu, utilisé et maîtrisé, le wax vient d’Asie, et plus particulièrement de l’Indonésie.

C’est le batik indonésien qui a inspiré aux Anglais et aux Hollandais, une nouvelle technique avec de la cire pour reproduire l’idée de motifs colorés sur du coton.

Au départ, c’était dans l’objectif de concurrencer le batik sur ses propres terres en vendant le wax aux Indonésiens.

C’est donc en Afrique de l’Ouest et plus précisément au Ghana que les Anglais et Hollandais trouvent un débouché commercial avec le wax. Le batik indonésien y était déjà apprécié, le wax le sera encore plus.

L’Afrique s’est plus qu’appropriée le wax en faisant un tissu emblématique utilisé dans toutes les couches de la société.

Les noms des pagnes wax, les modèles, l’agilité dans l’utilisation du tissu, tout ceci on le doit aux Africains. Il n’en reste pas moins que le wax n’est pas africain à la base.

Cependant, je fais partie de ceux qui pensent que cette origine non africaine ne doit pas être une raison pour rejeter ce tissu : il a permis de créer un secteur économique en Afrique.

On peut ainsi évoquer tous les métiers, informels ou pas, qui en découlent : les  vendeuses de pagne wax (qui ne connaît pas les Nana Benz), les couturiers, les stylistes, les marques de prêt-à-porter,…

Bien qu’il existe quelques usines de production de wax en Afrique (Gonfreveille et Uniwax en Côte d’Ivoire, Printex et Woodin au Ghana), les grands producteurs de wax sont aujourd’hui en Chine et en Hollande, le pagne wax hollandais demeurant à ce jour la référence en termes de qualité. D’ailleurs, dans le film Wax in the City, Flora Coquerel visite l’usine de Vlisco, numéro 1 mondial de la production de wax hollandais. Elle analyse avec justesse le fait que Vlisco a conscience, plus qu’avant, de la nécessité de collaboration avec l’Afrique et ses designers.

Pour conclure sur cet aparté, mon avis est donc le suivant : certes le wax n’est pas africain, mais l’empreinte africaine sur ce tissu est indéniable. Si des leviers peuvent être activés pour que l’économie qui en découle profite mieux aux africains, qu’ils le soient ; mais en attendant, on ne peut négliger, et encore moins cracher sur, ce qui se fait déjà.

De la nécessité de s’investir en faveur des textiles africains

Cependant, pour moi, le vrai axe où il faudrait investir, c’est celui concernant la valorisation et l’exploitation des vrais textiles africains. J’en parlais dans un précédent édito en expliquant ma saturation en ce qui concerne le wax.

Le documentaire Wax in the City met aussi l’accent sur cette nécessaire valorisation des textiles africains avec les interventions de Elie Kuame, Adama Paris et Maureen Ayité, qui explique notamment comment elle a réussi à exploiter le bogolan.

J’espère ne pas vous avoir (trop) spoilé et vous invite à regarder le documentaire si ce n’est pas encore fait. Il est accessible en vidéo à la demande sur la plateforme Vimeo (lien pour accéder à Wax in the City)

Je serai ravie de lire en commentaires vos avis sur le film et ce qu’il vous a inspiré.

A très vite,

Mary 

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